Les économies émergentes pèsent toujours sur la reprise mondiale

L’économie mondiale subit encore d’intenses pressions déflationnistes. Depuis 2012, la croissance du PIB mondial fluctue aux alentours de 3,5 %, un taux nettement inférieur aux 5 % des années précédant la crise : si les pays développés sont parvenus à retrouver une croissance plus solide, l’activité s’est encore affaiblie en 2015 dans les économies émergentes. En 2016, la croissance des pays émergents devrait malgré tout finir par se stabiliser tandis que celle des pays développés devrait continuer de se raffermir, notamment dans la zone euro, et dans une moindre mesure, au Japon.

 

 
Source : Thomson datastream

 

Économies émergentes : nouveau ralentissement de l’activité

Avant la crise, de nombreuses économies émergentes – pays producteurs de pétrole et Chine – comptaient sur les économies avancées pour absorber leurs excédent d’épargne. À la suite de la crise financière mondiale, les économies émergentes se sont trouvées obligées d’adapter leur « modèle de croissance » : en raison du manque d’emprunteurs dans les pays développés, elles ont eu massivement recours au crédit pour soutenir leur demande intérieure. Mais la transformation de leur modèle de croissance, qui reposait sur une main-d’œuvre bon marché et une demande extérieure dynamique, vers un modèle plus axé sur la consommation intérieure, n’est pas une tâche facile : la mise en place de systèmes financiers capables de canaliser leur épargne au niveau national et la montée en gamme de leur industrie sont deux des nombreux obstacles que ces pays doivent surmonter. Malgré des politiques monétaires accommodantes et une croissance rapide du crédit, l’activité a donc continué de ralentir et, dans de nombreux pays, la question de la soutenabilité de la dette privée commence à se poser. Si on y ajoute la baisse des prix des matières premières, de forts vents contraires continuent de freiner les économies émergentes. La chute des marchés boursiers en Chine et l’impasse politique au Brésil sont autant de rappels que la route reste semée d’embûches pour les pays émergents. Bien qu’ils soient maintenant revenus à des taux de croissance du PIB plus normaux, les pays développés ont leurs propres problèmes à régler (soutien croissant en faveur des partis politiques extrêmes, flux massifs d’immigration, endettement public à peine stabilisé, …).

 

 
Source : Thomson datastream 

 

Etats-Unis & Royaume-Uni : vers le plein emploi

Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, le désendettement du secteur privé progresse et – en date de rédaction – les banques centrales envisagent même de relever leurs taux d’intérêt. Dans la zone euro, si la reprise est en train d’accélérer, le processus de désendettement n’est pas encore achevé. La BCE vient d’ailleurs juste d’annoncer une extension de son programme d’achat d’actifs et une baisse du taux de sa facilité marginale de dépôt.

Aux États-Unis, la reprise est en bonne voie. Certes, compte tenu de la hausse du dollar et de la faiblesse de la demande dans le reste du monde, le commerce extérieur contribuera négativement à la croissance. Mais la vigueur de la demande intérieure devrait permettre au PIB de progresser de 2,4 % en 2015 et 2016. Les dépenses des ménages devraient notamment rester dynamiques : même si les conditions d’accès au crédit ne sont pas encore tout à fait revenues à la normale, l’investissement résidentiel sera un facteur de soutien de l’activité et les consommateurs continueront de bénéficier d’un prix du pétrole faible et de l’amélioration du marché du travail. À cet égard, la récente hausse des salaires horaires dans le secteur privé est encourageante. Avec une économie américaine désormais proche du plein emploi (le taux de chômage a atteint 5,0 % en octobre et les divers indicateurs de sous-emploi se sont nettement améliorés sur les derniers mois), les salaires devraient accélérer encore et soutenir la consommation. Dans ce contexte, la voie semble aujourd’hui libre pour une hausse des taux de la Réserve fédérale en décembre. Le ton du communiqué du FOMC devrait néanmoins rester prudent et laisser présager un rythme très modéré de resserrement monétaire.

La reprise est également bien avancée au Royaume-Uni, l’économie s’approchant maintenant du plein emploi. Le pays a, comme les Etats-Unis, enregistré une forte appréciation de sa monnaie, mais il y a une limite à ce qu’il peut accepter. Une chute de l’euro (par rapport à l’ensemble des autres devises) n’affecterait que modérément les Etats-Unis, mais aurait un impact beaucoup plus important sur le Royaume-Uni, compte-tenu de ses liens commerciaux étroits avec la zone euro. Cela explique en partie pourquoi la banque d’Angleterre a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance et d’inflation et a laissé entendre que les taux d’intérêt n’augmenteraient probablement pas aussi rapidement que ce qui était attendu.

Zone euro et japon : en amélioration…

Si aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, l’activité se situe désormais bien au-dessus de ses niveaux d’avant la crise, la zone euro et le Japon sont toujours à la traîne. Au Japon, la lente reprise a manifestement été freinée par la hausse de la TVA en avril 2014. À cet égard, le report à avril 2017 de la seconde hausse du taux de TVA initialement prévue pour octobre 2015 constitue une bonne nouvelle pour 2016. Il devrait permettre à la demande intérieure de se renforcer progressivement, d’autant que la Banque du Japon restera accommodante pendant encore un moment. En 2016, la croissance du PIB devrait être légèrement supérieure à 1 % contre 0,6 % en 2015.

Dans la zone euro, la baisse du prix du pétrole ainsi que la forte dépréciation de l’euro ont créé des conditions favorables à une reprise plus pérenne de la croissance. En effet, malgré les incertitudes liées à la Grèce et à la Chine, les indicateurs de confiance ont bien résisté. La baisse du taux de chômage, le début d’amélioration de la dynamique des salaires, la poursuite du redressement de la confiance des ménages et la baisse des prix du pétrole devraient permettre à la consommation de rester forte. Après avoir fortement pesé sur l’activité, l’investissement résidentiel devrait lui-aussi finir par soutenir un peu l’activité. Enfin, la reprise de la demande intérieure, l’assouplissement des conditions de crédit et la réduction de la fragmentation financière favoriseront également une accélération des dépenses d’investissement en équipement. En matière de commerce extérieur, les exportations ont résisté jusqu’à présent au ralentissement des économies émergentes et la faiblesse de l’euro devrait continuer de permettre aux entreprises de gagner des parts de marchés. Après 1,5 % en 2015, la croissance du PIB devrait être plus proche de 1,9 % en 2016.

 

 
Source : Thomas datastream

 

L’économie mondiale reste fragile. En l’absence d’emprunteurs, les pressions déflationnistes ne sont pas prêtes de disparaître. Dans ce contexte, la capacité d’absorption de nouveaux chocs est limitée. Si nous nous rapprochons d’une remontée des taux aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la politique monétaire sera accommodante dans la zone euro … ainsi que dans bon nombre de pays émergents.

 

The Macro Team