202207-alt-fr.PNGAlors que la communauté des investisseurs se préparait lentement à une pause estivale bien méritée, un niveau d’inflation plus élevé que prévu aux États-Unis a ravivé les craintes de récession. L'envolée de l’inflation incite les banques centrales à continuer de relever le coût de l’argent, à l’instar de la Fed lors de sa réunion de juin.  

Les marchés boursiers se sont effondrés, avec des corrections mensuelles proches de 10 %. Les indices les plus exposés aux valeurs cycliques, en première ligne en cas de récession mondiale, ont logiquement sous-performé. En revanche, les actions chinoises ont fait figure d’exception en terminant le mois en territoire positif. Les spécialistes locaux estiment que le gouvernement central pourrait bientôt mettre fin aux enquêtes et aux sanctions visant les entreprises, en vue de stimuler l'économie et la création d'emplois.

Les rendements souverains et les écarts de crédit se sont élargis, car les investisseurs anticipent la poursuite de la lutte contre l'inflation, mais aussi des risques idiosyncratiques élevés pour les entreprises et les secteurs fragiles.

La plupart des contrats à terme sur matières premières ont reculé le mois dernier, mais les contrats sur l’énergie et les produits agricoles affichent toujours des performances à deux chiffres depuis le début de l'année. Compte tenu des tensions qui pèsent actuellement sur l’offre, les prix des matières premières resteront sans aucun doute volatils. Le dollar s'est considérablement apprécié par rapport aux principales devises, ce qui complique la lutte contre l'inflation pour les Européens, car de nombreuses importations – comme les produits énergétiques – sont réglées en billets verts.

L’indice HFRX Global Hedge Fund EUR a affiché une performance de -2,01 % durant le mois.

 

Stratégies Long/Short Equity

Le mois a été difficile pour les stratégies Long/Short Equity, car les marchés boursiers ont subi des chutes sévères et relativement corrélées. Comme l'a souligné un gérant, il est rare que l’on distingue les titres de qualité dans les mouvements d’aversion au risque. Si les gérants Long/Short ont affiché, en moyenne, des performances absolues négatives, ils ont offert une protection contre le risque baissier grâce aux contributions positives de leurs portefeuilles short. Les fonds Long/Short n'ont cependant capté qu'une fraction de la baisse des indices boursiers. Les stratégies directionnelles ont eu tendance à sous-performer les fonds market-neutral et les gérants ayant une exposition nette modérée. Le niveau de risque reste faible à ce stade, les périodes estivales ayant tendance à être plus volatiles en raison de la baisse des niveaux de liquidité. Et la situation économique actuelle ne facilitera pas les choses. Au cours du mois, les fonds Long/Short Equity axés sur la Chine ont surperformé leurs homologues américains et européens en raison de meilleures perspectives dans les secteurs à fort potentiel de croissance, tels que le commerce électronique, la mobilité verte et les énergies renouvelables. En moyenne, depuis le début de l'année, les performances générées par les portefeuilles short n'ont pas été en mesure de compenser l'alpha négatif des positions longues. Ce constat s’applique notamment aux stratégies à haut rendement concentrées sur les secteurs de croissance. De fait, les mauvais résultats de gérants très en vue ont fait les gros titres de l’actualité. Toutefois, cela ne reflète pas la dispersion observée au sein de l'univers en 2022. Des allocations bien diversifiées au sein de l’univers des stratégies Long/Short Equity ont donné de bons résultats, générant un alpha et des rendements positifs. Nous restons convaincus que les fonds ne sont pas prêts à accroître leur risque significativement, mais prendront des positions longues sélectives et renforceront leurs portefeuilles de positions short. À court terme, les stratégies Long/Short Equity efficaces devraient ainsi protéger le capital de leurs investisseurs en maintenant les expositions brutes et nettes dans le bas de la fourchette. La guerre en Ukraine exacerbe certains des défis auxquels les entreprises du monde entier sont confrontées. Tandis que la sélection sera essentielle, la perspective Long/Short procurera un net avantage par rapport aux solutions Long-Only. 

 

Stratégies Global Macro

D’après les indices, les performances des stratégies Macro ont été globalement négatives en juin. Toutefois, la dispersion s’est avérée élevée dans l'ensemble de l'univers. Bénéficiant des fortes tendances des actions, des taux et des devises, les stratégies systématiques ont, en moyenne, surperformé les gérants discrétionnaires. Les gérants systématiques ont généré de fortes contributions à partir de positions short sur les indices actions et les taux souverains, mais longues sur le dollar. À l’inverse, les positions longues sur les contrats à terme sur l'énergie ont nui à la performance des gérants systématiques et discrétionnaires. Comme évoqué précédemment, les stratégies Global Macro bénéficient d’un meilleur environnement pour déployer du capital, alors que les banques centrales réduisent les injections de liquidités et planifient des hausses de taux. La guerre a dopé la volatilité du marché, une évolution que nous anticipions en raison de la diminution du soutien budgétaire et monétaire. Les primes de risque sont globalement volatiles et les gérants Macro tirent parti de ces mouvements de marché. Nous continuons de privilégier les gérants discrétionnaires et opportunistes capables de mettre à profit leurs talents d’analyse et leur expérience pour générer des gains sur une sélection d’opportunités à travers le monde.

 

Stratégies quantitatives

Les stratégies quantitatives ont connu un mois particulièrement robuste. Les stratégies directionnelles ont contribué à la performance principalement via des positions short sur les actions. Les positions de futures axés sur les tendances de court-terme ont contribué positivement dans presque toutes les classes d'actifs. Les modèles d'arbitrage statistique sur actions ont également fortement contribué à la performance. Bénéficiant d'un régime de volatilité élevée, les stratégies quantitatives multi-modèles ont également enregistré de bonnes performances en moyenne. Depuis le début de l'année, les stratégies quantitatives ont été d’excellents supports de diversification et figurent parmi les plus performantes du segment.

 

Arbitrage de taux

Malgré sa rhétorique agressive sur fond d'inflation persistante, la Fed est toujours nettement en retard sur la courbe, espérant que l'ampleur de la correction des marchés actions contiendra les pressions inflationnistes. Alors que le 10 ans avait franchi la barre des 3 %, la vente d'actions s'est intensifiée, provoquant une fuite vers la qualité qui a fait plonger les rendements de 3,15 % à 2,75 %. Le marché demeure inquiet et volatil. La hausse des taux de la Fed a propulsé le rendement du 10 ans vers 3,50 %, avant une clôture mensuelle sous les 3 %. Actuellement, la volatilité reste élevée en raison de mouvements de prix importants à l’intérieur de fourchettes larges, ce qui complique la tâche des gérants macro directionnels. Toutefois, si ces derniers ont réduit leur risque à la fin du mois de mai, les gérants de valeur relative sur les marchés de taux bénéficient encore d'opportunités attrayantes.

 

Marchés émergents

Les stratégies sur les marchés émergents ont souffert de deux événements idiosyncratiques majeurs – une guerre en Europe de l’Est et la politique « zéro Covid » en Chine –, mais aussi d’un sentiment d’aversion au risque généralisé. En revanche, la vigueur des prix des matières premières a suscité des opportunités en Amérique latine et parmi les pays exportateurs d’autres régions. Les performances ont été dispersées, en fonction des univers d’investissement ciblés par les gestionnaires. Peu de fonds spéculatifs couvrent l’ensemble des marchés émergents. Ils ont plutôt tendance à se spécialiser dans certaines régions particulières. Si cette stratégie offre certaines opportunités d’investissement, nous restons prudents à ce stade, car la baisse des prévisions de croissance et la hausse des taux d’intérêt sur les marchés développés constituent autant de signaux d’alerte pour le monde émergent.

 

Stratégies Risk Arbitrage – Event Driven

Les indices des stratégies Event Driven ont terminé le mois de juin en territoire négatif. Les stratégies d’arbitrage de fusions ont notamment souffert de l'élargissement des spreads des transactions – qui reflètent l’incertitude accrue concernant les fondamentaux économiques –, mais aussi des probabilités plus faibles de conclusion des transactions. L'élargissement des spreads est en outre favorisé par des modèles imposant la sortie de certains capitaux. En effet, certains gérants sont contraints de réduire le risque lorsqu'ils atteignent des seuils de drawdown ou de volatilité prédéfinis. Selon les gérants que nous connaissons et avec lesquels nous échangeons, l'univers des opportunités reste très intéressant, avec des spreads plus larges permettant parfois un rendement annualisé à deux chiffres. Le réservoir de projets sur le marché reste adéquat pour le déploiement du capital et – ce qui est important – les entreprises ont accès aux financements qui leur permettent de mettre en œuvre les décisions du conseil d'administration. Il convient de noter qu’en proportion du total, on observe une augmentation substantielle des financements fournis par les institutions non bancaires. Alors que les investisseurs recherchent la diversification, l’arbitrage de fusion constitue un outil intéressant, dont les échéances sont structurellement courtes et dont les spreads de transactions sont positivement corrélés à la hausse des taux d’intérêt.

 

Stratégies Distressed

L’actualité des faillites a été dominée par l'implosion des stratégies de fonds spéculatifs et d’intermédiaires financiers impliqués dans les actifs numériques. La chute spectaculaire de la valeur des crypto-monnaies a ainsi braqué les projecteurs sur un certain nombre de crypto-investisseurs et de crypto-prêteurs. Heureusement, cela ne concerne qu'une niche au sein de l'univers des fonds alternatifs. Actuellement, les taux de défaut des émetteurs souverains et des entreprises restent relativement faibles, mais l'élargissement rapide des spreads de crédit et la détérioration des fondamentaux entraîneront une hausse du nombre d'entreprises en difficulté. Les principaux gérants attendent de nouvelles dislocations avant de passer à l'offensive.

 

Crédit Long/Short & High Yield

Les gérants de crédit long/short ont obtenu de bons résultats par rapport aux fonds de crédit traditionnels. Leurs portefeuilles short et leurs positions de couverture ont permis d'atténuer l'impact de l'élargissement des spreads sur les positions longues. Si certains gérants ne sont guère optimistes, la sélection de titres est essentielle et il convient d’accorder une attention particulière aux niveaux d'endettement et aux émissions. Alors que les marchés anticipent une poursuite de la hausse des taux et un ralentissement de la croissance, les meilleurs gérants restent diversifiés, investissent dans des positions longues de qualité et se concentrent sur les secteurs qui ont un pouvoir de fixation des prix plus solide.