13 MARS

2018

Revenus fixes , Thèmes

La dette émergente peut-elle encore progresser ?

Quel est le point commun entre l’Angola, l’Irak et l’Équateur ? Ces régions font selon nous partie d’une sélection de pays dont les obligations devraient surperformer parallèlement au redressement de l’économie mondiale. En outre, bien que les taux américains continuent de s'apprécier et par conséquent de pénaliser les pays sensibles à la hausse des taux, l'accès de faiblesse du dollar et la vigueur de la croissance devraient constituer un environnement positif pour les obligations des marchés émergents en 2018.

La dette émergente suscite l’intérêt des investisseurs, notamment en raison de la stabilité des devises, de la croissance globale et du rebond des matières premières initié en 2016.

En outre, après des années de dégradations de note, des pays tels que l’Indonésie et l’Argentine ont vu leur notation de crédit révisée à la hausse à plusieurs reprises au cours des dernières années. Dans l’ensemble, la qualité du crédit s'améliore et c’est la raison pour laquelle nous restons confiants.


Énergie et réformes

D'autres pays devraient aussi bénéficier de la reflation, notamment le Brésil et le Kazakhstan. Ces deux pays sont fortement surpondérées dans nos fonds en dette émergente en raison de l'amélioration continue des cours du pétrole et des matières premières.

Nous exploitons depuis un certain temps le rebond des matières premières et pensons que le segment dispose encore d'une marge de progression compte tenu de l’accélération de la croissance mondiale et des niveaux de prix auparavant bas.

Ailleurs, nous privilégions les pays qui ont engagé des réformes.

Nous surpondérons certains pays d’Europe de l’Est dont les valorisations semblent attrayants ainsi que les pays générateurs de hauts rendements bénéficiant de réformes structurelles ou des programmes du FMI tels que l’Argentine, l’Égypte et l’Ukraine. Après des années d'agitation, ces trois pays entament, en effet, une nouvelle page et les multiples réévaluations de leur notation de crédit suscitent de l’intérêt parmi les investisseurs étrangers.


Si l’Argentine et l’Angola sont à privilégier, quels sont les pays à éviter ?

Nous sous-pondérons les pays à faible bêta, sensibles aux bons du Trésor américains et dont les valorisations sont tendues. C’est notamment le cas du Pérou, des Philippines, de la Pologne et du Panama, dont les rendements s'élèvent pour la plupart à environ 4 % et qui présentent un spread moins élevé par rapport aux bons du Trésor. Nous cherchons par ailleurs à maintenir notre faible exposition à l’Afrique du Sud, qui est actuellement confrontée à des valorisations tendues et qui subit une transition politique intérieure, des risques de dévaluation et une faible croissance.

La sous-performance du segment des crédits sensibles aux bons du Trésor américains traduit les difficultés que rencontrent aujourd'hui les investisseurs en obligations dans les pays en développement, et de grands noms dans la gestion obligataire comme Bill Gross ou Jeff Gundlach annoncent la fin de 30 années de hausse sur les marchés obligataires.


Favoriser le local

Avec une progression soutenue, les obligations libellées en devises locales sont une autre histoire. L’inflation a rebondi.

Fortement ébranlées, et après des années de correction, les devises émergentes telles que le péso chilien, le péso colombien, le ringgit malais ou encore le rouble russe semblent aujourd’hui attrayantes.

En outre, les investisseurs sous-estiment la capacité des banques centrales régionales à maintenir des taux bas sur une plus longue période. Contrairement à l’Europe, aux États-Unis et au Japon ; le Brésil et la Russie ont encore la possibilité d’abaisser leurs taux, ce qui viendrait soutenir les actifs obligataires dans ces pays.

Cette opération de portage (stratégie consistant pour les investisseurs à miser sur de meilleurs rendements et une appréciation de la devise dans d'autres pays) devrait également profiter de la faiblesse du dollar. Bien que le dollar ait déjà vivement reculé face à la plupart des devises en 2017, le billet vert devrait selon nous continuer de se déprécier dans les mois à venir, et ainsi donner un coup de fouet aux obligations locales.

Si un positionnement extrême suggère un rebond probable du dollar à court terme, cet épisode devrait rester bref. Les déficits jumeaux restent la préoccupation principale dans la mesure où ils gonflent en raison des réductions d'impôt et d’un éventuel programme de soutien aux infrastructures. Vraisemblablement, cette tendance se poursuivra à long terme durant de nombreuses années et pourrait bien booster les liquidités mondiales, les échanges commerciaux internationaux et la dette des marchés émergents.