08 JUIN

2018

 

Une brève analyse de l’impact économique potentiel de la Coupe du monde

À une semaine du match d’ouverture, la Russie semble fin prête pour le lancement de « sa » Coupe du monde de football. S’il est difficile de déterminer a priori le bénéfice économique réel qu’elle tirera de l’événement, l’analyse de ses devancières nous donne quelques pistes de réflexion…

La Coupe du monde de football, l’un des événements sportifs les plus importants au monde, présente un intérêt bien compréhensible pour le pays organisateur. Au moment de concourir à son attribution, puis d’investir dans sa préparation, les politiques lorgnent sur des bénéfices à court et long termes, une campagne d’image mondiale inestimable et un effet de marque positif, favorable au tourisme et au climat des affaires.

En pratique, s’il s’avère difficile d’estimer l’impact économique à long terme d’une telle compétition pour le pays hôte, les bénéfices à court terme peuvent être mesurés avec précision : il faut pour cela tenir compte de l’impulsion financière globale, des dépenses supplémentaires pour l'hébergement et le commerce de détail, des recettes de billetterie, des primes des joueurs ainsi que de l’impact positif sur l’emploi, avant et pendant l'événement.


Russie, chère première !

Une certitude : la Coupe du monde de football 2018 sera l’un des tournois les plus chers de l’histoire. Après étude approfondie, son coût total estimé s'élèverait à près de 13 milliards de dollars, dont 70% financés par des fonds publics. Sur ces 13 milliards, plus de 4 ont déjà été investis dans les équipements sportifs (stades) et près de 7 alloués à la modernisation des infrastructures de transport (principaux aéroports, autoroutes et mesures de sécurité).

Ces investissements, qui ont été faits de manière graduelle depuis 2013, ainsi que la Coupe du monde elle-même, auront un impact à court terme sur l'économie russe durant les deuxième et troisième trimestres 2018. En effet, l'économie va bénéficier d’une croissance temporaire des emplois et de la hausse de la consommation grâce aux 3,5 millions de privilégiés qui assisteront aux matchs. Un rapide coup d’œil dans le rétroviseur nous apprend que le visiteur des Coupes du monde dépense deux fois plus en hébergement, nourriture, boissons et frais associés que le touriste habituel. Lors de la dernière Coupe du monde au Brésil, en 2014, ce sont quelque 800 000 repas, 3 millions de bières, 2 millions de boissons sans alcool et 750 000 snacks qui ont été servis dans les stades.

Au total, la contribution de la compétition à la croissance du PIB russe est estimée à 0,2%-0,3% pour 2018, un chiffre en ligne avec ceux des précédents championnats : bien qu’aucun chiffre officiel ne soit encore disponible, l’impact économique estimé à court terme sur le Brésil est compris entre 0,2% et 0,7% du PIB total, et KPMG a évalué l’impact de la Coupe du monde 2010 sur le PIB de l’Afrique du Sud à 0,5%.


L’inconnue du long terme

Nous l’avons dit, l’impact long terme d’un tel événement est bien plus difficile à estimer. La Russie affiche un optimisme féroce : le pays table en effet sur une croissance du tourisme au cours des années post-Coupe du monde, sur les bienfaits ultérieurs des investissements publics et – plus surprenant – sur une hausse de la pratique sportive du fait de l'amélioration des équipements. Une hygiène de vie retrouvée pour le peuple russe qui devrait, selon les autorités compétentes… réduire les congés-maladie !

Un rapport sur l’impact économique attendu de la Coupe du monde fait mention d’une accélération de près de 31 milliards de dollars sur le PIB russe entre 2013 et 2023, soit environ 2% du PIB total. S’il est difficile de juger du réalisme de ces prévisions, il est indéniable que la Coupe du monde permettra à la Russie d'améliorer ses infrastructures et d’accueillir de plus grands flux touristiques l'année suivant le championnat grâce à une image du pays renouvelée.


Russie : un profil économique en question

Cette Coupe du monde parmi les plus chères de l’histoire a permis la création et l'amélioration de différentes infrastructures telles que des routes ou des aéroports. Une diversification bienvenue pour l'économie russe, qui dépend par trop de l’exploitation du pétrole et des mines. Malheureusement pour le pays de Yachine, Blokhine et Belanov[**], une économie ne repose pas que sur les retombées à court terme d’un événement sportif mondial, aussi majeur soit-il. Au cours des prochaines années, celle-ci restera ultra-sensible aux évolutions des cours du pétrole et du gaz et aux exportations de ces matières premières, qui ont suivi une tendance à la baisse ces dernières années jusqu’à fin 2016. En outre, les sanctions économiques imposées par l’Occident – les États-Unis et l’Union européenne en tête – en réponse à l’annexion de la Crimée en 2014, ont accentué la pression sur la croissance du pays, la part des exportations de pétrole et de gaz russes chutant de 65% en 2014 à 55% en 2017.

La croissance du PIB réel, estimée à « seulement » 2% en 2017, devrait rester inférieure (mais de peu) à ce chiffre au cours des deux prochaines années. Si la hausse attendue du baril de pétrole est un facteur positif pour l'économie, le risque de nouvelles sanctions internationales, la montée du risque géopolitique ainsi que la dépendance de la Russie aux exportations de matières premières sont trop importants pour être dribblés d’un extérieur du pied, et justifient par conséquent un positionnement prudent de l’investisseur vis-à-vis des actifs russes.

 

[*] En football, le « hat trick » ou « coup du chapeau » consiste, pour un joueur, à réussir l’exploit de marquer trois buts dans un même match.
[**] Footballeurs légendaires russes (ex-Union soviétique).