08 JUIN

2017

ISR , Thèmes

Quo Vadis POTUS?

Le président américain Donald Trump a donc décidé de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat (COP21). Le monde affiche sa déception et estime qu’il s’agit d’une grave erreur.

De quoi s’agit-il ? En décembre 2015, un accord, qui a depuis lors été adopté par 200 pays, a été conclu lors de la conférence de Paris sur le climat (COP21). Dans le cadre de l’Accord de Paris, des conventions légalement contraignantes ont été conclues concernant l’émission de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 ou 2 degrés Celsius par rapport au niveau préindustriel. Le traité requiert la mise en place par les états membres de plans d’action nationaux sur le climat qui soient suffisamment ambitieux et dont le niveau d’ambition devra augmenter à chaque nouveau plan. On attend en outre des pays riches qu’ils soutiennent financièrement les pays en développement dans la réduction de leurs propres émissions. L’ancien président Obama avait posé ces deux derniers points comme condition à l’accord.

Durant sa campagne, mais également après son élection, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que les Etats-Unis devaient sortir de l’Accord de Paris sur le climat. Il tient donc parole … et dit non, sauf si de nouvelles négociations peuvent être envisagées. Les Etats-Unis, la Syrie et le Nicaragua seront les trois seuls pays à ne pas signer l’accord sur le climat. Les Etats-Unis ont toutefois promis de réduire d’ici 2025 l’émission de CO2 d’environ un quart par rapport au niveau de 2005. Mais M. Trump trouve cet accord mauvais. Mauvais pour l’emploi américain, mauvais pour l’économie américaine et mauvais pour la compétitivité des entreprises américaines.

America first, donc. Cette décision n’est pas totalement inattendue. Un décret présidentiel concernant l’approche interne des règles climatiques avait déjà été adopté fin mars. Il s’agissait en quelque sorte d’un plan énergétique « America First » misant massivement sur une création d’emplois protectionniste. Le nouveau président a approuvé l’oléoduc Keystone XL reliant le Canada au Texas et le pipeline Dakota, qui traverse le territoire des Indiens dans le Dakota du Sud, est prêt à entrer en fonction. Le pétrole, le gaz et le charbon semblent avoir le champ libre.

Et pourtant, l’accord sur le climat semble irréversible aux yeux du reste du monde.

Les Etats-Unis sont à eux seuls responsables de 14 % de l’émission mondiale de CO2, ce qui les positionne en deuxième place après la Chine et avant l’Inde. L’Inde, la Chine et l’UE confirment leur engagement et veulent, en tant que chefs de file, absolument continuer à avancer ensemble.

La décision américaine est naturellement importante mais l’impact négatif sur la transition énergétique est quant à lui relatif.

Plusieurs états américains tels que Washington, New York et la Californie ne partagent pas l’opinion de leur président et veulent mettre l’accord sur le climat en pratique. L’état de New York demeure par exemple très ambitieux et veut réduire son émission de CO2 de quatre-vingts pour cent pour 2050.

De nombreuses entreprises américaines, notamment dans les secteurs les plus polluants tels que le l’industrie pétrolière et gazière, la métallurgie et l’exploitation minière, veulent poursuivre la transformation vers une technologie verte. Les énergies renouvelables comme le gaz naturel, le soleil et le vent permettront de générer des emplois, d’innover et de créer de la valeur à long terme.

Un exemple : au premier trimestre de 2017, les ventes de voitures électriques au sein de l’Union Européenne ont augmenté de près de 50 % par rapport au même trimestre de l’année précédente.

Il s’agit d’une belle évolution en soi mais un autre effet positif est l’accroissement de la demande en batteries au lithium, en aluminium recyclé et en catalyseurs.

Les entreprises, y compris des sociétés américaines, oeuvrent à cette transition. Elles adaptent leur modèle économique et comprennent que celui-ci sera durable ou ne sera pas. C’est la seule façon de maîtriser les risques, de maximaliser les opportunités et de rester compétitif à long terme.

De leur côté, les investisseurs sont de plus en plus à la recherche de solutions durables.

Les entreprises qui intègrent des critères de durabilité dans leur gestion sont préférées à celles qui n’accordent pas d’importance à l’environnement, à la société et à une bonne gestion.

Le changement climatique est l’un des éléments prioritaires à prendre en compte pour assurer le bien-être des générations futures et garantir leur durabilité économique.

Il semble que le non américain n’ait fait qu’élargir la base internationale et sociale de l’accord sur le climat et renforcer la durabilité industrielle.