05 SEPT.

2016

Isabelle Cabie , SRI , Asset Class

Labels ISR en Europe : que choisir ?

Le Vieux continent compte aujourd’hui une multitude de labels qui ont pour objectif de certifier et promouvoir l’investissement socialement responsable. Parallèlement commencent à se développer des notations ESG (« rating ») reposant sur une approche quantitative. Un éclairage s’impose !

L’engagement en matière environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) a connu, ces dernières années, un essor fulgurant. Cet intérêt croissant pour une finance responsable s’est traduit, entre 2012 et 2014 dans le monde, par un bond de 61% des encours intégrant des critères ESG à 21 358 milliards de dollars (à fin 2014), selon le Global Sustainable Investment Review. Un engouement particulièrement marqué en Europe qui concentre près des deux tiers du marché mondial et, par ailleurs, une multitude de labels Investissement Socialement Responsable (ISR). 

Ces derniers sont apparus sur le Vieux continent il y a plus de vingt ans, dans le sillage des premiers fonds d’investissement durable. Alors que les Codes de Transparence Eurosif servent d’explication détaillée de la prise en compte des indicateurs ESG dans la gestion d’un fonds, et sont des prérequis dans l’obtention de la reconnaissance du caractère ISR du fonds en France ou en Belgique, les labels ISR ont pour vocation d’étudier et de juger la cohérence, la sincérité et la fiabilité des fonds aspirants. Leur objectif est de promouvoir mais surtout de certifier l’ISR afin de rassurer les investisseurs particuliers et institutionnels sur la nature des fonds dans lesquels ils s’engagent.

Ces dernières années, ces labels se sont multipliés en Europe et présentent aujourd’hui une grande diversité dans leur approche. La majorité des labels ISR ou ESG ont une approche généraliste, mais ils peuvent être aussi attachés à une thématique comme la transition énergétique, l’environnement, le social, le solidaire, la micro-finance … Si les labels sont majoritairement nés d’initiatives privées comme par exemple les labels européens Luxflag lancés en 2010, l’intérêt croissant porté par les pouvoirs publics à la promotion de l’ISR pousse de plus en plus ces derniers à créer des labels nationaux. C’est par exemple le cas en France, où après le label Novethic créé en 2009, a été lancé en janvier 2016 le label ISR national, ou encore en Allemagne avec le label FNG, également adopté par la Suisse et l’Autriche.



Mais dans cette multiplicité d’appellations, il n’est pas toujours évident pour les investisseurs - institutionnels ou particuliers - de s’y retrouver. En effet ces labels n’ont pas la même approche, les mêmes critères de sélection ou d’exclusion. Ainsi l’éco-label autrichien - créé en 1990 sous l’égide du ministère de l’Agriculture et de l’environnement - a, par exemple, la particularité de noter à la fois les sociétés, les fonds à orientation environnementale mais aussi, de façon plus surprenante, les produits de consommation courante. De son côté, le label national français tient compte dans ses critères d’éligibilité d’autres facteurs spécifiques comme la méthodologie d’analyse ESG des émetteurs, leur politique d’engagement (vote et dialogue) ou encore leur transparence. Au-delà, la limitation de l’usage des dérivés dans la construction de portefeuille mais aussi la mise en évidence des impacts positifs sur le développement d’une économie durable font également partie des critères de sélection du label français. 

Parallèlement au développement de ces labels ISR qualitatifs, une approche quantitative a émergé ces dernières années, sous la forme de ratings ESG par fonds, comme il existe des ratings sur la qualité de la performance des fonds d’investissements. Cette approche utilise les notes fournies par des agences d’analyse spécialisées comme Vigéo, EthiFinance, INrate ou Oekom, qui s’attachent à mesurer la performance ESG des entreprises, des États ou des organismes publics essentiellement pour le compte des investisseurs institutionnels et fournisseurs d’informations financières. En pondérant ces notes dans chaque ligne du portefeuille d’un fonds d’investissement, on peut ainsi extrapoler une note moyenne reflétant la qualité ESG de ce portefeuille. Ainsi, en collaboration avec l’agence d’analyse ESG Sustainalytics, Morningstar a créé depuis mars dernier le Morningstar Sustainability Rating disponible sur 20 000 fonds (actions et obligations d’entreprise). La même démarche est à l’origine du MSCI ESG Fund Quality Score dont la notation devrait couvrir à terme 21 000 fonds et ETF.

Les initiatives pour encadrer les bonnes pratiques en matière d’investissement responsable ne manquent donc pas et auraient même tendance à se renforcer à mesure que la demande continue de grandir. Dans cet environnement, les investisseurs - notamment particuliers - n’auront que l’embarras du choix pour sélectionner le label ISR ou le rating ESG qui correspondra le mieux à leur sensibilité, leurs contraintes et leur propre vision de l’ISR.