22 MARS

2016

Actualités ESG , Isabelle Cabie , ISR , Thèmes

Le nouveau rating ESG chez Morningstar

La firme Morningstar, spécialisée dans l’analyse et la notation des fonds, lance désormais une nouvelle notation ESG pour les fonds. Une telle initiative va évidemment dans le bon sens et on ne peut que s’en féliciter. En effet, comme le souligne d’ailleurs Morningstar : « les investisseurs ont besoin de meilleurs outils pour les aider à déterminer si les fonds qu'ils possèdent ou envisagent de faire entrer dans leurs portefeuilles reflètent les meilleures pratiques de développement durable ».

L’outil est donc d’un Intérêt certain pour les investisseurs qui, au-delà d’une prise de conscience marginale, peuvent mettre en perspective leurs choix d’investissement à la lumière des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Il l’est aussi pour l’industrie de la gestion d’actifs qui, si le rating s’avère pleinement efficient, pourra ainsi mettre en évidence – et au ban par la même occasion - des produits de placements ISR « light », autrement dit ces fonds qui ont été soumis à un processus de green-washing et qui ne respectent que peu, voire très peu, les critères ESG.

20 000 fonds à l’aune des critères ESG

Pour son lancement, la démarche initiée par Morningstar permet de couvrir un univers d’investissement de 20 000 fonds, gérés de manière active ou passive (ETF). Pour obtenir le Morningstar Sustainability Rating, ceux-ci doivent, parmi leurs sous-jacents, contenir au minimum 50% d’entreprises notées par Sustainalytics, un fournisseur indépendant en recherche ESG et gouvernance d'entreprise. Ensuite, chaque fonds étudié est comparé à ses pairs et obtient une évaluation, de un à cinq globes, cinq globes étant la meilleure appréciation.

Une fois la méthodologie posée, chacun sait néanmoins qu’appréhender les critères ESG n’est pas chose facile tant les approches sont nombreuses et parfois complexes. Il est donc nécessaire d’être rigoureux quant à l’interprétation des résultats obtenus et de veiller à une vraie cohérence lorsqu’on souhaite comparer plusieurs fonds entre eux.

Eviter les biais d’interprétation

Selon nous, une première exigence est de respecter un réel équilibre entre les différents critères ESG pour une même famille de fonds, tout comme le font les gérants « Best in class » lorsqu’ils sélectionnent, dans chaque secteur, les entreprises les plus vertueuses du point de vue de l’ISR. Chaque fonds ayant ses spécificités sectorielles, il est impératif de ne pas introduire de biais d’interprétation, ce à quoi s’est attelé Morningstar. Ainsi, les notes ESG sont établies au sein de chaque secteur et cela ne pénalise pas les fonds qui affichent une neutralité sectorielle à l’image de certains fonds quant ou de fonds indiciels.

Cela ne pénalise pas non plus – loin s’en faut ! – les fonds qui n’investissement pas dans des entreprises présentant des risques de réputation. On constate en effet un bon positionnement global de ceux-ci, même s’ils sont au final plutôt dispersés dans les classements. On parle ici, par exemple, des fonds qui excluent les entreprises pour violations – ou controverses - sérieuses des standards internationaux en matière de droits humains, du travail, environnemental et gouvernance/corruption sur base de principes comme ceux du Pacte mondial des Nations-Unies.

Aller plus loin

Et pourquoi ne pas aller un peu plus loin ? Par exemple, en fournissant aux investisseurs, en plus de la note des fonds, celle attribuée à leurs indices de référence afin qu’ils apprécient au mieux l’objectif d’amélioration de la qualité ESG et le profil ESG des fonds dans lesquels ils souhaitent investir.

Cela mettrait en évidence le manque de transparence sur certaines catégories d’actifs, telles que les actions émergentes. Les investisseurs prendraient ainsi pleinement conscience qu’il s’agit bien d’un univers investissement spécifique où les normes ESG sont moins répandues, lesréglementations en la matière moins contraignantes, et où l’accès à l’information est donc plus restreint, ce qui est encore souvent accentué par la barrière de la langue.

Le mieux étant l’ennemi du bien, il n’est pas souhaitable de mettre en place une usine à gaz ou de vouloir impérativement tendre vers l’exhaustivité. Néanmoins, les pratiques ISR sont multiples et si l’investisseur se penche - à raison - sur les critères ESG appliqués aux entreprises, il est tout aussi légitime qu’il se sente concerné par ceux qui s’appliquent aux fonds d’investissement. En effet, à ce stade rien n’est par exemple dit de la prise en compte des activités du fonds en matière d’actionnariat actif tel que l’exercice du droit de vote ou le dialogue avec les entreprises. Une simple mention de ces activités de type « oui/non » serait la bienvenue.