06 JUIN

2017

Actions , Rudi Van den Eynde , Thèmes

Biotech : la performance est dans le pipeline

Après un passage à vide en 2016, le secteur de la biotechnologie devrait progressivement renouer avec les bons résultats grâce à de nouveaux produits prometteurs.

Les cours des entreprises du secteur de la biotechnologie ont suivi une forte pente ascensionnelle de 2012 jusqu’à la fin du 3ème trimestre 2015, période à partir de laquelle elles ont entamé une chute de 35%, leur plus bas remontant à début juillet 2016. Depuis, l’indice Nasdaq biotechnologie qui est le plus représentatif de la branche puisque une majorité des entreprises du secteur sont américaines, a évolué en dents de scie, subissant ces derniers mois la pression du projet de Donald Trump d’abolir la réforme du système de remboursement des soins de santé de son prédécesseur à la Maison-Blanche et la crainte d’intervention par le gouvernement dans le prix des médicaments.

Cette menace est-elle réellement susceptible d’influencer de manière significative la santé financière des biotech ? Il existe de bonnes raisons d’en douter. Aux Etats-Unis, les médicaments ne représentent que 10% des dépenses de santé et leur prise en charge par l’état ne s’élève qu’à 45% des remboursements, le reste étant pris en charge par les assureurs de santé privé. Par conséquent, quelles que soient les décisions prises par la nouvelle administration américaine, leur impact sur les prix des médicaments sera marginal. Les mécanismes de fixation des prix resteront pratiquement inchangés et permettront d’obtenir des marges très intéressantes sur les produits qui offrent un réel avantage sur le plan médical.

Même si, à plus longue échéance, les « bio-similaires », à savoir les versions génériques des médicaments issus de la biotechnologie, devraient permettre de réduire la pression sur les budgets santé, ils n’auront pas le même impact que les génériques sur les médicaments traditionnels. Il existe au moins deux raisons à cela. D’une part, les produits issus de la biotechnologie sont infiniment plus complexes que les médicaments traditionnels et donc il est plus difficile de les « imiter ». D’autre part, les organismes de contrôle des médicaments américain et européen exigent, pour les génériques, des essais cliniques très onéreux, ce qui restreint la concurrence à laquelle sont soumises les entreprises de biotechnologie.

L’innovation représente l’autre variable essentielle pour évaluer la santé des biotech. De la simple pilule au médicament protéique, la technologie a beaucoup évolué et des concepts tels que la thérapie génique ou les cellules génétiquement modifiées sont devenus aujourd’hui des réalités. Dans le domaine du cancer par exemple, la recherche a permis de passer du stade des chimiothérapies non spécifiques à des traitements très ciblés. Pour ce qui est de la société Loxo Oncology, elle est parvenue à identifier la cause de certaines tumeurs et à élaborer un inhibiteur spécifique. C’est également le cas de la société Clovis qui, grâce à son inhibiteur d’un facteur pour réparer les dégâts génétiques dans une cellule,, est arrivée à d’excellents résultats dans les cas de cancer des ovaires. Dans ces deux exemples, ces développements thérapeutiques se sont traduits par d’importantes progressions des cours boursiers des entreprises.

Du point de vue de l’investissement, suite aux revers de 2016 et, plus récemment, à la rhétorique Trump, la valorisation du secteur de la biotechnologie est revenue à un niveau très raisonnable. En outre, ce niveau est défendu par un plancher solide, celui des fusions & acquisitions dont le rythme ne devrait pas ralentir. Cependant la dispersion très marquée des performances des entreprises du secteur exige une approche de sélection active. Compte tenu de l’importance du facteur « innovation », cette dernière doit pouvoir s’appuyer sur une connaissance approfondie du processus des essais cliniques ainsi que sur la capacité à évaluer le potentiel des molécules  qui se trouvent dans les pipelines des entreprises. C’est l’une des raisons pour lesquelles notre équipe d’investissement compte deux scientifiques qui sont en mesure de suivre et d’analyser les flux d’informations liés à la recherche et développement en biotechnologie.

Sur le plan de l’investissement proprement dit, le secteur étant très volatil, la diversification est particulièrement importante. Elle s’exprime au niveau du choix de l’univers d’investissement ainsi que dans la construction du portefeuille. Le premier est aussi large que possible et ne se limite pas à un ou plusieurs domaines thérapeutiques: l’investissement est axé sur le progrès clinique lorsqu’il est en mesure de changer le paradigme du traitement, indépendamment de la pathologie à laquelle il s’applique. Par ailleurs, en ce qui concerne la construction du portefeuille, après un premier filtrage destiné à éliminer les entreprises dont la capitalisation boursière est inférieure à 100 millions de dollars, la sélection porte sur deux types de valeurs très distinctes. D’un côté, les grandes capitalisations du secteur permettent d’assurer une certaine stabilité au portefeuille, de l’autre, les entreprises qui sont à l’aube de leur essor et recèlent un potentiel important, sont les vecteurs de fortes performances. Cette discipline de sélection et de construction, assortie d’un horizon d’investissement de l’ordre de trois à cinq ans, s’est avérée très bénéfique jusqu’à présent puisqu’elle a permis de surperformer régulièrement l’indice dans un univers biotechnologique en expansion.